Chers Politiques

Publié le 9 Décembre 2015

A l’origine, je n’avais pas franchement envie de m’exprimer suite aux résultats du 1er tour des régionales. Et puis, après quelques jours, le besoin de formuler ce que je ressentais par écrit s’est imposé, une sorte d’exutoire.

Pour faire court, et même si c’est un mal pour un bien, je pense que si les français veulent « tester » le FN, et bien soit : qu’ils le fassent. Et je préfère largement que ce soit au cours d’élections régionales, dont les compétences demeurent précises et limitées, plutôt que lors d’un scrutin futur à l’enjeu autrement plus important. Ça permettra peut-être à certains de calmer leurs ardeurs…

Mais, tout d’abord, je suis choqué par la stratégie du PS, qui décide donc de se retirer, ou de désavouer ses représentants dans les régions où il est le plus en difficulté. Car c’est mettre à mal un peu plus encore notre système démocratique. La proportionnelle offre justement une représentation politique plus juste qu’un scrutin majoritaire… Et le choix qui est fait est donc… la fuite en avant ?

Les listes PS concernées n’ont pas fait un si mauvais score, et pouvaient légitimement prétendre à obtenir plusieurs sièges dans les conseils régionaux concernés, et assurer donc un contre-pouvoir, une opposition légitime, celle-là même qui fait de notre République ce qu’elle est aujourd’hui… Mais non, ce n’est pas cette option « à la régulière » qui a été choisie… C’est tout ou rien… Aucun contraste, K.O. par forfait…

Ces élections régionales étaient particulières pour moi, car pour la première fois (et avec le recul, probablement la seule), j’ai été candidat sur une liste. J’ai donc soulevé un instant le rideau, vu un peu l’envers du décor… Et je peux vous assurer que j’ai trouvé ça… désolant.

Déjà, parce que les règles telles qu’elles sont établies empêchent des personnes issues de la société civile de s’engager par elles-mêmes, sans intégrer un parti. Entre la complexité des textes, les petites subtilités qui entrainent l’annulation d’une candidature à cause d’un document pourtant officiel émis par une mairie, et même tout simplement les coûts que cela engendre…

C’est environ 200000 euros ne serait-ce que pour le strict minimum : imprimer et coller les affiches officielles, et assurer l’acheminement des professions de foi et des bulletins de vote. A cela, il faudrait évidemment, pour se faire entendre, ajouter une somme importante, et assurer meetings et déplacements de campagne. Quand on est un grand parti, on a déjà une trésorerie, et on peut facilement débloquer des prêts. Car si une liste atteint 5%, elle est remboursée de ses frais de campagne. Ce que nombre de petites formations ou d’apolitiques ne sont en mesure de faire. Comment dès lors financer tout ça, à part être de base très fortuné ?

Par ailleurs, la façon dont est menée une campagne électorale est exactement la même que ce qui se faisait il y a 50 ans. Mais sérieusement, est-ce parce que vous allez croiser un candidat en faisant votre marché, parce qu’on vous mettra dans les mains un tract à la sortie du métro, ou en scrutant les panneaux électoraux, que vous voterez pour telle ou telle liste ?

Au-delà des compétences régionales, les grands oubliés sont souvent les projets et les programmes. On vote plus pour une personnalité ou un parti, que pour les propositions précises qu’il porte. Et sur ce point, je pense que les médias ont une part de responsabilité. Plutôt que de se concentrer sur ces ténors politiques, leurs petites phrases et leurs bisbilles permanentes, leurs adversaires et leurs accointances, quels médias ont fait un travail de fond sur les idées que chacun a formulées ? Les a comparées ? Les a évaluées ? Assez peu, il me semble…

La liste à laquelle j’ai pris part était une liste d’alliance, menée par Nicolas Dupont-Aignan. J’ai pu voir quelques interviews qu’il a données, et la plupart des questions tournaient davantage autour de son positionnement après le 1er tour (serait-il prêt à s’allier au FN ?), qu’au programme qu’il portait…

Mais bref, si j’ai intitulé ce billets « Chers Politiques », c’est parce que je pense que si le FN a fait de tel score, ce n’est déjà pas une surprise, et c’est aussi une résultante de dizaines d’années de promesses ou de grandes déclarations jamais tenues… Bien sur, le FN ne fera pas mieux, mais ils apportent un renouveau, même s’il est potentiellement nauséabond. Mais puisqu’ils n’ont pas encore pu exercer, ils bénéficient de cet effet « so fresh ».

Car la cause de la situation actuelle, c’est vous chers politiques, de droite comme de gauche, qui depuis des décennies, avez progressivement dégoutés les électeurs. Quand on arrive à près de 50% d’abstention, c’est indécent de continuer à parader sur les plateaux télé, ou d’expliquer la situation par la paresse du dimanche, la météo qui était mauvaise ou la nécessité de faire ses courses de Noël –c’est pratique, toutes les boutiques sont ouvertes–.

Non, la cause, c’est déjà les affaires judiciaires à répétition : scandales, entourloupes, gardes à vue, mises en examen… Au final, que vous ayez été condamné ou blanchi, cela a jeté progressivement l’opprobre sur l’ensemble de la classe politique. Et je ne parle même pas de ceux qui déclarent se retirer pour mieux revenir quelques années plus tard, mode amnésie activé.

Ensuite, il y a cette image désastreuse de parlements aux ¾ vides qui votent des lois… Et parmi ceux qui sont présents, soit c’est pour meugler dans l’hémicycle telles des bêtes, soit c’est pour dormir, lire le journal ou jouer avec votre smartphone… Le tout, qui plus est, retransmis en direct à la télé…

Commencez déjà par assumer la fonction pour laquelle vous avez été élu. Intéressez-vous aux débats, prenez-y part. Entièrement. On accepte pas un élève en classe s’il arrive en retard, on ne l’autorise pas à piquer un somme, et encore moins il ne peut en partir avant la fin… Alors pourquoi c’est ce que vous faites en permanence ?

Comme des jurés dans un procès, vous devriez voter en fonction de votre intime conviction les textes qui vous sont présentés. Chacun d’entre vous représente des milliers de français, j’espère que vous l’avez toujours à l’esprit. Mais non, ce qui compte désormais, c’est ce que le parti aura décidé, et gare à vous si vous vous écartez de la position adoptée. Bref, si vous ne voulez pas voir vos ambitions personnelles contrariées, mieux vaut rentrer dans le moule et ne pas faire de vagues…

On arrive donc à 50% d’abstention, mais cela ne semble pas vous gêner le moins du monde. Une personne sur deux que vous allez croiser dans la rue n’a pas voté. Ni pour vous, ni pour un autre. Car c’est aussi la démonstration que les électeurs ne croient plus en vos promesses. Le chômage ne baissera durablement qu’à la faveur d’une reprise de la croissance, et ce sont des facteurs sur lesquels vous avez bien du mal à agir, malgré vos promesses… La réalité, c’est que vous ne pouvez pas faire grand-chose, et devez surtout patienter, sans manquer de vous gargariser dès lors que le contexte économique sera plus favorable. Si ce que vous aimez, ce sont les applaudissements et faire des selfies, il est temps d’embrasser une carrière artistique. La reconversion professionnelle, ça marche pour vous aussi…

Alors, plutôt que de passer des mesurettes aux effets discutables, commencez par vous montrer exemplaires. Et faites donc une chose, une seule, en faveur de notre démocratie : prenez en compte le vote blanc. S’abstenir ou voter blanc, ce n’est pas la même chose. Il est temps de distinguer les 2. Je suis persuadé qu’ainsi, l’abstention diminuera drastiquement. Et on verra ainsi la proportion de ceux qui ne se sentent définitivement pas concernés, mais aussi et surtout de ceux qui ne se retrouvent dans aucun des choix qui leur est proposé. Mais pour cela, il vous faut accepter de voir la réalité, et que ce vote blanc peut être majoritaire. Ce qui démontrera votre désaveu. Mais qui limitera aussi, de fait, le vote sanction, ou contestataire (appelez-le comme vous voulez), celui-là même par lequel le FN est en position de force aujourd’hui. C’est dans vos attributions. Ayez le courage de le faire, de regarder la réalité en face. La maison brûle déjà, il est trop tard pour faire de la prévention.

Ensuite, pourquoi ne pas limiter la durée totale des mandats. 20, 25 ans maximum, tout mandat confondu. Ça obligerait un nécessaire renouvellement de la classe politique, et vous obligerait aussi à garder un pied sur le terrain… A défaut, l’impossibilité de se représenter pourrait aussi avoir un sens…

Dernier point : arrêtez les formules du type « les français me disent », ou « j’ai entendu le message des français ». Non, justement. Jamais, jusqu’à présent, cela n’a été le cas. Car qui sont ces français que vous mettez donc en avant ? Ceux que vous rencontrez dans vos meetings et réunions, et qui sont déjà acquis à votre cause ? C’est ceux-là, « les français » auxquels vous pensez ? Et vous pensez qu’ils sont un échantillon représentatif de l’opinion publique ?

L’indemnité nette perçue par un député est de 5177 euros, par un sénateur de 5388 euros, auxquels s’ajoutent de multiples avantages liés à la fonction. C’est quasiment 3 fois le salaire médian en France, qui s’élève à 1772 euros par mois. Alors si vous vous sentez aussi proches des français que vous le dites, commencez par réduire au moins de moitié ces montants. Vous serez plus en phase avec ce que vivent vos administrés, et ça devrait vous permettre de continuer à subsister sans trop de problèmes. Quant aux sommes ainsi économisées, si elles ne sont pas allouées à d’autres postes de dépenses plus essentiels, elles permettront au moins à la République de réduire son train de vie.

La balle est dans votre camp, à vous de la saisir. Maintenant. Au-delà, il sera trop tard.

Rédigé par Zed

Publié dans #RAAAAAAAAAAAAAH

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