CAPTAIN OBVIOUS AU RAPPORT ! (4/4)

Publié le 24 Novembre 2010

Previously on Le Blog Pour Râler : Captain Obvious au Rapport ! (3/4)

 

« Il apparaît à cet égard peu compréhensible que le bonus pour qualité du service sur les réseaux RATP progresse ces dernières années alors que la régularité et la ponctualité mesurée sur certaines de ses principales lignes se dégradent. »

« Pour les contrats 2004-2007, le critère de la régularité ne représentait que 22 % du bonus total. Il était ainsi valorisé au même niveau que le critère d’information des voyageurs en temps réel, de sorte que, paradoxalement, si les trains ne roulaient pas mais que les voyageurs en étaient informés, aucun malus net n’aurait été appliqué. »

WTF ?

« En outre, jamais depuis sa création, en 2000, le solde annuel des bonus/malus pour qualité de service de l’un des deux exploitants n’a été négatif. Le dispositif est donc peu discriminant et peut s’analyser comme une rémunération complémentaire versée aux transporteurs par l’autorité organisatrice. »

Ce qui est par ailleurs confirmé dans la réponse du président du STIF :

« le montant du bonus de la RATP étant aujourd’hui redistribué à ses salariés, toute modification qui induirait une baisse sensible de ce bonus est délicate à mettre en oeuvre. Il serait préférable que soient dissociés bonus/malus et intéressement des salariés »

La RATP a fait d'un simple bonus un complément de salaire distribué à ses salariés. Ce qui fait que si ce bonus baisse, ou est supprimé, ce sont les salariés qui en patiront... Et qui risquent du même coup de se mettre en grève... Logique... Bref, ce n'est plus un bonus, mais bel et bien une subvention.

Pour compléter ce joli tableau, un petit coup d'oeil dans la gestion, ça vous dit ?

« Les éléments transmis par le STIF indiquent que le coût des transports collectifs en Ile-de-France est supérieur à celui constaté en province, tant en investissement qu’en fonctionnement. Cependant, les lacunes de l’information comptable produite par les exploitants comme la faiblesse de l’information statistique produite par le STIF ne permettent pas de mesurer précisément cette différence et de l’expliquer. »

« Certains éléments nécessaires à l’évaluation du coût des transports collectifs ne figurent pas dans les comptes-rendus annuels d’exploitation. C’est notamment le cas du taux de remplissage des trains, métros ou tramways. Or, il s’agit là d’une information importante pour savoir si, et dans quelle mesure, une ligne ou un réseau est utilisé, voire saturé ; enfin, aucune donnée n’est produite par les exploitants sur les coûts complets par ligne, contrairement à ce qui existe dans d’autres régions françaises »

« L’information financière communiquée par la SNCF dans le cadre du contrat en cours est moins précise encore. Elle est fondée sur une comptabilité analytique qui reflète la structure complexe de l’entreprise et intègre de nombreuses refacturations entre branches de l’établissement public (traction, entretien du matériel roulant, gares et réseau de distribution, sûreté et lutte anti-fraude, par exemple). Ces refacturations doivent être fondées sur le prix de revient des prestations fournies mais sont difficilement vérifiables en l’absence d’audit détaillé, ainsi que l’a relevé la Cour dans son rapport de 2009 sur le transfert du TER aux régions.

« Par ailleurs, la SNCF ne transmet pas à l’autorité organisatrice certaines informations nécessaires à la vérification des charges facturées, telles les valeurs brute et nette des matériels roulants financés sur les fonds propres de l’entreprise, qui conditionnent pourtant l’exactitude des amortissements inscrits au compte d’exploitation. Enfin, le compte rendu d’exécution du contrat STIF-SNCF ne permet pas de connaître la ventilation par nature des charges (personnel, énergie etc.), rendant très difficiles leur compréhension, et, partant, la définition d’une politique visant à limiter leur croissance. Ainsi, à titre d’exemple, le syndicat n’est pas en mesure d’indiquer le nombre d’agents de la SNCF exerçant pour le réseau Transilien. »

La SNCF le sait-elle elle-même ? Rien n'est moins sûr... Et le futur dans tout ça ? On nous parle d'Arc Express, de métro automatique, les choses vont donc dans le bon sens, non ? Ben, non, pas vraiment...

« En ce qui concerne les projets à long terme (horizon 2030), il n’a pas été possible à ce jour de définir un nouveau schéma directeur de la région Ile-de-France, faute d’accord entre l’Etat et la région. Dans ces conditions, l’Ile-de-France continue à appliquer un schéma directeur réalisé en 1994 dont tous les acteurs s’accordent à reconnaître qu’il est obsolète. »

C'est super rassurant, n'est-ce pas ? Aller, j'en ai presque fini, et vous pourrez m'accuser de noircir le tout. C'est vrai, tout n'est pas si catastrophique, comme on peut le lire dans la réponse du Ministre de l'Ecologie en personne :

« Par ailleurs, Transilien développe l'information aux voyageurs via son site internet qui propose des trajets multimodaux avec leurs horaires, d'adresse à adresse, informe sur le trafic, offre des plans et des cartes du réseau. »

Chers lecteurs, nous sommes sauvés et sereins face à l'avenir : le site transilien.com sera notre sauveur :D

Voilà, un joli rapport, qui met en lumière ce que tout le monde sait déjà, et qui ne sera suivi d'aucun effet : la Cour des Comptes n'exprime que des recommandations, autant vous dire que les choses ne sont pas prêtes de changer fondamentalement.

Rédigé par Zed

Publié dans #Râlages en commun

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