LES FRENCH J-MUSIC AWARDS, ENTRE HYPOCRISIE ET SCHIZOPHRÉNIE (1/5)

Publié le 18 Avril 2011

Et oui, je vous l’avais déjà dit, je kiffe utiliser les méthodes exploitées par les blogueurs, notamment ceux qui parlent de j-music, et qui, pour attirer le chaland, n’hésitent pas à sortir des titres accrocheurs, pour ne pas dire insultants. Oui j’aurais aussi pu titrer avec une formule du type « les French J-Music Awards, c’est de la merde ». Si d’aventure ces blogueurs coutumiers du fait viennent trainer leur souris par ici, j’ose espérer qu’ils se reconnaitront.

En préambule, je le rappelle clairement : il s’agit ici d’un blog totalement personnel. J’ai beau travailler à Nolife, ce qui suit ne concerne que mon avis, et ne saurait en aucun cas engager la société pour laquelle je travaille.

Il faut rappeler avant tout que Nolife diffuse tous les clips que les maisons de disques acceptent de fournir, sans réaliser de sélection. Ainsi, si certains grands noms ne sont toujours pas à l’antenne, les choses évoluent, et cela permet en contrepartie de mettre en valeur de petits artistes indés. Et il y a fort à parier que si, d’aventure, Nolife avait obtenu dès le départ tous ces poids lourds, des voix se seraient élevées pour dénoncer l’absence d’indépendants. Bref, quoiqu’on fasse, on ne pourra jamais satisfaire tout le monde.

Koikoukèsse, les French J-Music Awards ? Il s’agit d’un sondage annuel, réalisé par des passionnés de j-music, et dont l’objectif est de soi-disant cerner au mieux les goûts, coups de cœur et attentes du public français en la matière. En soit, c’est très bien, et je pourrais presque être tenté d’encourager l’initiative, mais en fait, non. Et on va voir pourquoi par la suite.

Car ce qui me fait aujourd’hui prendre la plume (oh, comme j’aime ces expressions sorties d’un autre siècle à l’heure d’internet :), ce sont les analyses qui en sont faites, notamment par un site spécialisé, et l’organisateur lui-même. Pour appuyer mon développement, je citerai régulièrement, et tout au long de ces billets, les formules qui ont retenu mon attention dans lesdites analyses. Et il me semble nécessaire de comparer avec ce qui est réalisé en la matière par Nolife.

Je noterai tout d’abord l’aspect purement structurel de la chose : il s’agit d’un sondage annuel, et les résultats sont publiés 2 mois après la clôture des votes. C’est long. J’espère qu’aucun professionnel du secteur n’attendait ces résultats pour orienter ses activités, sinon il aura eu le temps de faire faillite entre-temps :p

Les différentes catégories du sondage, et par extension les artistes soumis au vote, font de l’ensemble quelque chose d’objectif, cohérent, et j’aurais presque envie de dire, représentatif.

Orient-Extrême introduit ainsi son analyse : « Les 3100 participants de ce sondage indépendant en font l’un des plus crédibles du genre dans l’hexagone, si ce n’est le seul. »

D’emblée, je me dois de rappeler que l’autre sondage, même s’il n’est pas nommé, c’est le J-Top de Nolife. Quelles différences y a-t-il entre les 2 ? Et bien sur Nolife, les votes ne concernent que les clips qui sont diffusés à l’antenne, et donc comme je l’expliquais plus haut, un certain nombre d’artistes, voir de genres, sont absents du classement. Est-ce à dire qu’il n’est pas crédible ? Je ne suis pas d’accord.

Tout d’abord, parce que le J-Top réunit chaque semaine entre 2000 et 2500 votants, et Nolife enregistre sur l’année plus de 9000 participants différents, qu’ils votent de manière régulière ou sporadique. En comparaison donc, les French J-Music Awards en réunissent 3100 en un peu moins d’un mois.

Ensuite, parce que les votants des French J-Music Awards sont forcément des connaisseurs, là où le J-Top peut toucher un plus large public. Pourquoi ? Et bien parce que pour faire votre choix dans les votes des French J-Music Awards, il faut avoir déjà entendu les artistes en question. Ce qui n’est pas une mince affaire : si vous ne connaissez pas, à vous d’aller fouiner sur le web, parfois sur des sites pas franchement légaux, pour vous faire votre opinion. Aucune structure n’est proposée aux votants pour écouter les artistes entre lesquels ils doivent choisir. Sur Nolife, il suffit de laisser tourner la télé, même en fond, aux heures indiquées dans la grille des programmes, pour déjà se faire un avis sur la question. Et bref, ça reviendrait potentiellement, pour une élection politique, à voter pour un candidat dont vous connaissez tout juste l’étiquette, et dont vous ignorez tout du programme.

Enfin, on peut se poser la question des enseignements tirés par les pros de ces résultats, et les comparer à ceux du J-Top. Que veulent vraiment savoir les labels japonais ? Que les Johnny’s sont populaires auprès du public français ? Mais ça ils le savent déjà, c’est surtout un effet de mode, lié au fait qu’ils sont en ce moment toujours en tête des charts nippons. Je pense que si un tel sondage avait été réalisé il y a 10 ans, Utada Hikaru, Hamasaki Ayumi et les Morning Musume auraient été plébiscitées.

Non, à mon sens, ce que les labels japonais attendent, c’est de voir, parmi les artistes qu’ils envisagent d’envoyer en Europe, lesquels s’en sortiraient le mieux. Et pour cela, le J-Top est bien plus adapté, car il met précisément ces artistes en concurrence, via les clips que les maisons de disques acceptent de voir diffusés sur une chaine française.

Cela me fait faire une légère digression, et une comparaison avec les audiences des chaines de télévision. Avec l’ADSL, on pourrait avoir un pourcentage précis de ce que regardent les téléspectateurs français, minute par minute. Mais ce n’est pas ce qui intéresse les publicitaires. Ce que ces derniers veulent savoir, ce n’est pas tant le nombre de foyers (ou de clients) devant telle chaine à telle heure, mais précisément qui l’on trouve dans ces foyers. Et bien là, c’est tout à fait comparable.

 

(À suivre demain)

Rédigé par Zed

Publié dans #Râlages médiatiques

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zia 25/07/2011 00:21


Ya du défaitisme, mais aussi un sentiment de "grande puissance" : "regarde, je connais tout ça en J-Music, je n'écoute pas de la bouse comme on en diffuse sur Nolife -le Visual Kei et les Idols,
beurk, c'est caca- "

Déjà que la J-Music est un marché de niche, il faut pas non plus avoir cette attitude conservatrice qui va faire qu'on ne pourra pas voir de groupes/artistes débarqués sur notre territoire.

Si j'aime Nolife, c'est justement pour sa capacité à démocratiser la J-Music en France, entre les genres populaires, les groupes/artistes inconnus mais qui roxxent au J-Top, et les gens qui
prennent plaisir à voter...
Je trouve ça navrant de ne pas se serrer le coude tous ensemble pour populariser la J-Music en France, et en Europe =/


Zed 25/07/2011 22:26



A qui le dis-tu :(


Moi aussi j'aimerais bien quelque chose de plus "fédérateur", mais les egos prennent manifestement toujours le dessus dans ce microcosme :/



zia 21/07/2011 13:01


C'est vrai que le coup du "seul crédible dans l'Hexagone" ... pas judicieux du tout comme formulation.

Cette année justement, je n'ai PAS voté pour les French J-Music Awards, j'ai trouvé les choix souvent restrictifs, et parfois trop aléatoires... certaines propositions étaient même au gout du top
Oricon, et quand on sait qu'en France, les mêmes choses ne marchent pas comme au Japon, j'avais de quoi ne pas être satisfait...

Puis oué, 2500 personnes PAR SEMAINE... c'est vrai que c'est rien comparé à 3100 personnes pour UN MOIS...


Zed 23/07/2011 22:57



Après ça n'engage que moi, mais je trouve ça désolant ce défaitisme, alors qu'il y a tellement à faire pour la J-Music en Europe...



Maïa 19/04/2011 08:37


1/5 ? Mais quelle motivation !
Tu sais surement déjà ce que je pense de ce "sondage unique et trop crédible".
Nan et puis franchement, comment veux-tu que 3100 personnes (qui pour la plupart n'iront même pas acheté les CDs, c'est bien plus facile de streamer / télécharger illégalement, oui moi aussi je
peux faire comme eux à savoir dénigrer sans savoir) soient plus crédibles que des gens qui sont en train de propulser Momoko dans le top 10 hein ? :p
J'attends la suite avec impatience !