LES FRENCH J-MUSIC AWARDS, ENTRE HYPOCRISIE ET SCHIZOPHRÉNIE (2/5)

Publié le 19 Avril 2011

Previously, on Le Blog Pour Râler : Les French J-Music Awards, entre Hypocrisie et Schizophrénie (1/5)

 

« On remarque que, par ses choix, le public a transformé le couronnement d’artistes méritants en sondage de popularité. La qualité n’étant plus du tout en phase avec les classements. »

Orient-Extrême s’aventure là sur une pente glissante. La limite est en effet très fine, pour ne pas dire floue, voir inexistante, entre un artiste soutenu parce qu’il est populaire, et un autre qui l’est par la qualité de ses productions. Car comment juger objectivement de la qualité d’une œuvre musicale ? Si chacun se forge sa propre opinion, qui influera au final sur les titres qui atterriront dans son lecteur MP3, il me semble quasi-impossible de demander à un public donné de voter selon un aspect purement qualitatif, sans prendre en compte la popularité. Les deux sont intimement liés, et c’est un exercice que seul pourrait réussir un public très éclairé, et capable de prendre suffisamment de recul avec la production musicale. Je ne crois pas que c’est que l’on a demandé aux votants de ces French J-Music Awards.

« Les media historiquement spécialisés ou très pointus en matière de J-Music, ceux qui prodiguaient moult conseils d’écoute, présentaient avec une certaine exhaustivité les nouveautés, et orientaient leur audience vers de nouveaux talents prometteurs, ont disparu ou ont largement diminué leur activité. »

Pourquoi faut-il toujours prendre les auditeurs pour des crétins finis, incapable de faire eux-mêmes leur sélection ? Attention, effectivement faire des critiques objectives et détaillées des nouveautés, c’est une bonne chose, mais à condition d’être là encore totalement impartial, ce qui n’est que trop rarement le cas, même parmi lesdits médias spécialisés. Quant au pourquoi de leur disparition… Jusqu’à preuve du contraire, rien n’empêche personne de se relancer là dedans, hein…

« Le public n’a plus vraiment son mot à dire, il ne peut plus partager ses découvertes en convention, et il doit déployer de gros efforts de recherche pour découvrir de bons artistes ou CD masqués par les produits que les professionnels voudraient lui imposer. »

Et oui, donc, toujours d’après Orient-Extrême, tous les méchants professionnels européens sont tombés d’accord pour faire en sorte de ne vendre que de la merde, et bien entendu, ne signer que les artistes sans talent, car ce serait une honte de proposer des sorties intéressantes, susceptibles de se vendre pour leur qualité intrinsèque. Et bien sûr, le public il est obligé d’acheter, hein, parce qu’il est trop con pour déterminer seul si ça vaut le coup ou pas.

« les contenus sont dictés par les potentielles recettes publicitaires et les partenariats commerciaux établis avec les labels, agences et producteurs. »

On commence à le savoir, le public c’est un troupeau de moutons, et les pros, tous des pourris. Ça vous agace pas cette rengaine, vous ? D’ailleurs, la J-Music, ça génère un tel chiffre d’affaire, vous n’imaginez pas, le mois prochain je termine de payer ma troisième Ferrari. Non en vrai, la J-Music, moi je m’en fous, c’est juste le pognon qui m’intéresse. C’te musique de chinois, je sais même pas comment il y en a qui peuvent écouter ça. Moi par contre, j’aime beaucoup Christophe Maé. Ses textes engagés, ses mélodies absolument géniales… Bon, j’arrête l’ironie, et j’espère que non, vous n’êtes pas blasés, parce que c’est loin d’être fini. Mais j’aimerais juste que les gens qui écrivent ça intègrent que les pros aussi, dans leur majorité, aiment la J-Music, juste pour ce qu’elle est. Et si Nolife en diffuse, c’est parce que précisément et avant tout, les dirigeants de la chaine apprécient.

« L’agence japonaise UP-FRONT s’est intelligemment et durablement associée à divers partenaires européens influents et/ou puissants (sur notre marché bien précis), et cela dans divers secteurs : SEFA (JAPAN EXPO) / Soundlicious pour la production et la promotion des événements, et la chaîne spécialisée Nolife qui poursuit une campagne publicitaire de longue haleine, mais d’une grande efficacité. »

Donc voilà, là c’est officiel, Nolife c’est un écran de pub géant, qui n’est là que pour faire la promotion de ces artistes, ceux que l’on impose au public français. Pas un mot sur la variété de la programmation, les différents genres présents, ou comme je l’évoquais plus haut les nombreux indés que l’on diffuse, et qui pour le coup n’attendent pas forcément grand chose d’une diffusion sur Nolife, sauf peut-être d’être découverts et appréciés par un public lointain.

Plus globalement, si l’on devait résumer Nolife à ça, mais alors, il faut en faire de même pour toutes les chaines musicales, et toutes les radios. Parce que c’est ça la réalité du marché, les clips sont là pour vendre des artistes et des CDs… Fort heureusement, il reste encore un peu de plaisir et de divertissement à regarder et écouter tout ça… Il en va alors de même dès l’instant où un artiste accorde une interview à un média, quelqu’il soit… D’ailleurs, on peut généraliser à tous les domaines artistiques : et oui, une émission de cinéma qui diffuse des bandes-annonces de films, en fait, elle est juste là pour faire la promo de ces films, et rien d’autre.

« Il y a dix ans, les stratégies marketing telle que la publi-information (notamment exposée par les professionnels dans une conférence au TIMM) n’existaient pas. »

Là je pense qu’on a la phrase gagnante. Déjà, je n’ai pas le souvenir que dans cette fameuse conférence au TIMM, la publi-information ait été abordée. Si certains organes de presse font parti du même groupe que certains labels, ce n’est pas un cas isolé, et même monnaie courante dans les médias. C’est le jeu, ma pov’ Lucette. Pas la peine de crier au loup, ça fait une éternité que ça existe.

Clairement, l’impact de cette publi-information est surestimée, tant on parle là d’un marché de niche, il ne faudrait pas l’oublier.

Quant à Nolife, non, on ne donne pas dans ce genre de pratiques. Et même si on le voulait, les chaines de télévision sont contrôlées par un organisme qui s’appelle le CSA, et qui veille notamment à ce que ce genre de choses ne se produise pas.

 

(À suivre demain)

Rédigé par Zed

Publié dans #Râlages médiatiques

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