LES QUOTAS ~TRIBUTE TO MAX PÉCAS~ (3/3)

Publié le 6 Décembre 2010

Previously on Le Blog Pour Râler : Les Quotas ~Tribute to Max Pécas~ (2/3)

 

Ces quotas et ces contraintes sont au final tout de même extrêmement chiants pour les diffuseurs français. Tout est donc une question de dosage. Avec parfois un petit coup de pouce.

Pour qu’une chanson soit considérée comme œuvre audiovisuelle française, elle doit au minimum contenir 50% de paroles en français. Au tout début de la loi, on se souviendra de morceaux techno avec quelques mots de français ici ou là.

Désormais, on fait plus dans la finesse. Un exemple récent en date : l’hymne officiel de la coupe du monde de foot : Wavin’ Flag de K’naan. Ah merde se sont dit les diffuseurs français, on va pas pouvoir la comptabiliser en œuvre audiovisuelle française. Appelons donc nos copains les majors… Résultat, ça donne le même titre, mais cette fois-ci en featuring avec Féfé, et une partie des paroles en français. CQFD.

Autre exemple, plus ancien cette fois-ci. Il y a quelques années, NRJ avait sorti une compilation de reprises. Il s’agissait des tubes internationaux du moment, mais ré-adaptés en français. Jolie tentative, même si ce fût au final un cuisant échec.

Comme je le disais précédemment, ces contraignants quotas sont calculés à l’année. Ça permet donc une certaine souplesse à l’antenne. Et toutes les chaînes usent de la même recette : rattraper au maximum les quotas français sur la période où le public est le moins présent, à savoir l’été. Sachez par exemple que les mesures de Mediametrie à destination des chaines spécialisées (le Mediamat’ Thematik) n’ont pas cours entre fin juin et début septembre.

L’occasion donc de faire le plein d’œuvres audiovisuelles, quitte à flinguer l’audience. De toute façon personne ne le saura, même si on s’en doute. Et comme c’est l’été, le coût doit être très modéré. Pas question de dépenser trop pour ce problème de quotas.

Et là, toutes les méthodes sont bonnes, les chaines ressortent les classiques dont les droits sont amortis par leurs multiples diffusions (« Le Gendarme »), ainsi que les fonds de catalogues à la recherche de programmes susceptibles d’être éligibles aux quotas.

D’où le titre de ce billet ! Vous savez désormais pourquoi on nous ressert très régulièrement l’intégrale de Max Pécas. Oui c’est mauvais, quoique culte pour certains, mais c’est du quota français. Idem, la programmation de films érotiques douteux aux alentours de minuit passe en quotidienne. On ne regarde pas la qualité, mais la quantité !

Au final, ces quotas sont-ils salvateurs pour la création française ? Pas si sûr…

D'autant que certaines chaînes ont trouvé la parade. Car comme tous les textes de loi, il existe toujours des zones grises, des choses qui sortent du cadre légal, etc, etc... En l'occurrence, si vous voulez créer votre chaîne de télé et ne pas vous casser la tête avec ces problèmes de quotas, il vous suffit... d'émettre depuis l'étranger.

En effet, la plupart des pays ne disposent pas de règles spécifiques sur le sujet, et vous voilà libre de faire comme bon vous semble, puisque la loi française ne vous concerne plus... Attention tout de même à bien choisir le pays émetteur, et de faire ça suffisamment discrètement, ce serait dommage de vous faire choper…

En tout cas, désormais, lorsque vous vous surprendrez à maudire sur le canapé « Hum, y’a rien à la télé », dites-vous que ce n’est pas uniquement la faute des chaînes, mais également celle des sénateurs et députés, oui, ceux-là même que vous élisez tous les 5 ans.

Bref, intéressez-vous à cette tranche de politique sur laquelle vous pouvez influer, et, je me répète, n’hésitez jamais à interpeller vos élus si le besoin s’en fait sentir. Ils sont là pour vous !

Rédigé par Zed

Publié dans #Râlages médiatiques

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Sarx 05/01/2011 21:31


Il faut aussi se placer dans le contexte de l'époque où la loi a été voté (Janvier 1990).

Le câble n'en était qu'à ses débuts, et vu les limitations imposés aux différents opérateurs, il n'a pas vraiment décollé avant la fin des années 90. Sans parler des tarifs prohibitifs appliqués,
le réservant qu'à une certaine élite.

Pour le satellite, ce n’était pas franchement mieux.
Canalsat n'est arrivé que deux ans plus tard (puis Astra et TPS).
Il n'y avait que TDF 1 (puis TDF 2 en 92), et le bouquet de chaine n’était pas encore très important.

L’ADSL n'existait pas encore, le net pas vraiment non plus.

La grosse majorité des gens n'avait donc accès qu'aux 6 premières chaines (et quelques chaines locales dans certaines région) dans le meilleur des cas (chez mes parents je n'avais que les 3
premières).

La notion de chaine thématique n’était donc pas vraiment dans l'esprit de grand monde je pense, et l'idée de faire une chaine spécialisée sur le japon encore moins.

Quand on se souvient un peu des programmes diffusés à l'époque, il y avait une très grosse majorité de séries et films américain. Et concernant les animes c’était majoritairement du japonais (bah
oué c’était pas cher comparé aux production FR/EU/US, on va pas claquer du pognon pour les gamins non plus !)
Du coté des productions française, à part dans le cinéma, les téléfilms policiers et les séries AB Productions, c’était un peu désert.
Ça ne me surprend pas du coup que certains aient voulu essayer de préserver la production audiovisuelle française, qui était quand même pas mal menacée face aux productions us et jp.

Et je pense que pas mal de gens ont pensé que le système de quota avait un bon fond, afin de préserver notre « culture ».

Maintenant, avec 20 ans de recule, et tous les évènements récents pour lutter contre le piratage, on peut douter sur le bien fondé de la loi.
Et se demander si ce n'avais pas pour but de permettre qu'a quelques copains de conserver leur place sans avoir a réfléchir sur une évolution en profondeur de l'industrie audiovisuelle française.
Tiens ça me rappel vaguement quelque chose ça.

Et en regardant en détail le contenu français diffusés, il n'y a pas franchement eu d'amélioration.
On a toujours droit aux produits made in AB (diffusé et rediffusé a en vomir), les téléfilms policiers et le cinéma. Sauf que pour respecter les quota on ne ressert les mêmes films d'il y a 20, 30,
40... ans a chaque période de vacances. Même si pour certains on les as apprécié fut un temps, on finit par être écœuré.
Sans parler des film de seins, mais français, qui passent la nuit.
Comme tu le dis dans l'article, le but est de faire du chiffre, pas de la qualité. Sacré amélioration.

Bon il y a quand même un peu de positif je trouve. Entre deux périodes de rediff... heu... de vacances, pour combler les quota certaines chaines se sont tournées vers les boites de prod
spécialisées dans les reportage. Et même si pour beaucoup, ils sont plutôt mauvais, il y a parfois quelques merveilles.

Pour ma part, je suis totalement opposé à toute forme de quota. Que ce soit à la TV, à la radio, où pour les embauche. Même si à chaque fois ça part d'un bon fond, ça entraine forcement quelques
injustices. Mais je suis plutôt quelqu'un de naïf à la base :)

Après, en regardant la situation actuelle, par rapport au paysage audiovisuel français, à la multiplication des moyens de diffusion (le câble et le satellite qui se sont très bien développés,
l'adsl et la TVoIP qui a explosé, la TNT...), la multiplication des chaines de TV et le nombre important de chaine thématique, il serait bon à mon sens de revoir la loi, et d'assouplir les quota –
au moins pour les chaines thématique – pour ne pas dire les supprimer.

C'est totalement aberrant de voir une chaine thématique diffuser une majorité de contenu qui n'est pas en rapport avec le thème de la chaine rien que pour satisfaire les quota.

Même si dans le cas de Nolife il y a quand même du bon dans les quotas, en permettant à des artistes (pour certains vraiment doué) d'avoir un peu de visibilité ailleurs que sur myspace, youtube et
cie.
Mais c'est clair que ce serait tout de même plus sympa d'avoir un peu moins d'indies ;)


Zed 09/01/2011 23:37



Ca serait un bon point que les quotas soient adaptés à la finalité de la chaine, mais bon, là ça me parait inimaginable dans les conditions actuelles.



Nico 10/12/2010 22:36


Merci pour ce triple billet fort intéressant sur les devoirs des diffuseurs français à propos des quotas qui sont souvent exprimés mais peu souvent expliqués.

Je ne me serais jamais rendu compte que les chansons qui existent avec des featuring en plusieurs langues (comme l'exemple que tu cites pour l'hymne de la coupe du monde) arrangeait principalement
les diffuseurs.

Cette idée de quota est bonne sur le fond, mais comme tu le dit dans ce dernier article, au final ça profite toujours aux mêmes et au lieu de découvrir des artistes ou des titres présents seulement
sur les albums, on se tape 10 fois par jour les mêmes chansons sur les radios ou les mêmes clips sur les chaines musicales.